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Montez à bord du vaisseau et partez à la recherche d'un nouveau foyer pour l'Humanité.
 
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Petits poissons.

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Kerwan Walsh
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Dim 24 Déc - 18:15
Boulons, vis, et huile. Tout le progrès technologique et les grandes recherches merveilleuses qui ont permit d’amener l’apogée de la conquête spatiale, jusqu’à permettre à des petits hommes de quitter leur planète natale pour conquérir les étoiles, n’a toujours pas permis de remplacer les détails et les liens qui unissent le contour du socle. Une simple lumière rouge au plafond et un espace exigu, où une odeur nauséabonde d’hydrocarbure vous chatouille les narines et pique vos yeux, voilà votre environnement alors que vous devez contorsionner vos muscles pour accéder aux pompes mécaniques, à la console de travail, vous obligeant à faire corps avec la machine qui propulse l’Humanité vers l’immensité de la galaxie.
Six heures d’affilée. Cinq minutes de repos entre chaque et trente au bout de trois. C’est devenu pour moi un quotidien éreintant qui me fait tousser, fait bourdonner mes oreilles, et me donne un mal de dos insupportable, après plus de vingt ans passés dans les entrailles et les tripes de métal et d’énergie du vaisseau. J’en suis arrivé à un point où ce qui autrefois était un rituel quasi-religieux, où le Manuel remplaçait la Bible que je manipulais lorsque j’étais enfant, s’est tari en une routine fatigante et répétitive. C’est la destruction mentale du travail manuel, encore que j’ai la chance que la mécanique n’est pas un travail à la chaîne et que je ne sais jamais quel nouveau problème je vais devoir résoudre quand je me brosse les dents le matin. Je suis devenu incapable de philosopher sur les astres ou sur Dieu maintenant. Je déboulonne, je visse, je branche, je diagnostique avec ma tablette chaque gaine et chaque instrument avec l’habitude nuptiale.

Tout ça pour vous dire que, quand Martin est venu me dire que aujourd’hui j’allais pas bosser dans la salle des moteurs, un espèce de sentiment double m’a assailli : J’étais content de pas passer une nouvelle journée à rentrer en sueur et en puant, mais de l’autre côté, ça m’arrachait à mes habitudes. Et le cerveau humain aime pas être arraché à ses habitudes. Mine de rien le moteur, c’est là que sont mes connaissances, mes amis, et mon utilité purement humaine. Martin doit éprouver un certain plaisir à m’éloigner de cette grande chambre où j’entretiens le Vidar.
Il m’aime pas.
C’est depuis le jour où je me suis foutu de sa gueule ça.

Il n’empêche c’est une mauvaise idée de ma part de discuter les ordres de Martin le superviseur. Voilà des mois qu’il me colle et qu’il cherche une occasion pour faire un rapport à la hiérarchie. C’est dangereux ces petits poissons dans des petites mares. Vous savez, ces gens qui pèsent mais pour pas grand chose, et qui en profitent pour en abuser à chaque détour. Du coup, je me suis contenté de faire un grand sourire avec des « oui monsieur », « bien monsieur », avant de le saouler en lui posant des questions innocentes. J’adore jouer au débile. Ça a le mérite de l’énerver, et de faire froncer ses petits sourcils tous fins. Lui faire répéter pour la sixième fois ce mois-ci où est la boîte à outil le détruit intérieurement, et c’est l’arme que j’ai trouvée vu que je peux pas lui dire ses quatre vérités. Alors du coup, je suis allé retirer mon vieux bleu de travail couvert d’huile et puant pour prendre une livrée plus propre. Déodorant sous les aisselles, boîte à outil, gros gants en plomb accrochés au manteau, badge sur le poitrail (Très important pour pas se faire contrôler par les keufs). Ensuite j’ai pas oublié, en bon collègue, d’aller souhaiter bon courage à Ira, à Philippe et à Sam’, pour enfin partir et démarrer ma journée, à heure légale.

Heure légale, pour la plupart des gens qui la subissent, ça veut dire en retard.

Allez, devinez pourquoi je suis dispensé d’aller m’étouffer dans le moteur ?

Parce que le Vidar est un vaisseau magnifique et grandiose. Il est robuste, puissant, et rapide. Mais c’est pas un vaisseau qui a juste de l’électronique froide et pure. Les concepteurs se sont sentis obligés de le transformer en lieu de vie, et même un lieu de vie franchement pas trop mal. Le problème, c’est que vous avez pas idée de quelle logistique il faut mettre en place pour tout faire tourner : Quand vous mettez en marche votre machine à dosettes de café, quand vous prenez votre douche chaude, quand vous réchauffez votre poulet de substitution avec vos plaques dans votre cabine, et tout le toutim, vous avez idée de quelle consommation ça représente, par an et par habitant du Vidar ? En plus y a une nouvelle génération exponentielle tous les vingt ans alors qu’à l’inverse le matériel vieillit. Bref. Le risque constant, eh bah c’est la panne.
Les pires pannes possibles que je puisse imaginer, c’est des pannes de générateur ou de secteur électrique. Ou bien par surcharge, ou bien parce que des gamins y ont voulu jouer en tirant des ballons de foots dans des transformateurs. Dans ce cas-là, c’est tout un niveau qui risque d’être dans le noir. Après, on a les pannes dans un bloc de cabines, souvent à cause d’un problème de disjoncteur local. Mais ça, ça reste tranquille, parce que c’est pas parce que Monsieur ou Madame a pas l’eau chaude pendant un jour que le Vidar est en danger critique de mort, vous voyez ?
Là, en l’occurrence, je vais pas au boulot parce que c’est une cabine qui a plus l’électricité depuis hier soir. C’est rien de grave, mais vu comment ils demandent à un mécanicien de se déplacer de lui-même sur place le matin, ça doit être quelqu’un d’assez important et d’assez caractériel pour avoir harcelé le département. J’ai dis à Martin d’ailleurs que je passerai à la cabine à la fin de ma journée de travail, mais il m’a crié dessus que c’était un ordre de m’y rendre et que j’avais pas à discuter, d’où mon « mais oui monsieur » avec mon sourire toutes dents devant. J’aurais pu rajouter un « gratte-moi le dos » ans ma barbe, mais j’avais pas le courage.

C’est ainsi que moi, le héros de cette histoire, je me retrouve à me balader au premier niveau. C’est l’endroit où je vais jamais, parce qu’il y a que des blouses, des col-blancs et des keufs, les trois trucs que je déteste le plus au monde. Je suis pas discriminatoire hein, j’ai un ami qui bosse dans la sécurité. Mais je veux dire voilà, je déambule un peu béat avec la boîte à outil dans ma main droite. Je me gratte la barbe alors que j’hésite un moment sur le chemin à prendre, mais finalement j’arrive à suivre les très nombreuses flèches au plafond qui donnent des tas de numéros de cabines différentes et de chemins à prendre. Je croise quelques gens sur la route, mais ils m’ignorent tous et donc je ne suis pas ralenti.

1A-1310.

Je suis arrivé au travail à 8 heures ce matin, et il est déjà 9 heures. Ça a prit du temps de dire bonjour à Ira, Phil’ et Sam’ en fait ! Allez, c’est pas grave. Je fais mon grand grand sourire de circonstance, et je sonne.
J’ai déjà la phrase en tête et tout pour me présenter.

« Bonjour, mademoiselle/monsieur, désolé pour le retard, je suis le mécanicien que vous avez appelé... Alors comme ça vous avez plus d’électricité ? Vous permettez que je jette un coup d’œil à vos installations ? »
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Eve Wellington
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Dim 24 Déc - 19:41
Un, deux, trois, quatre, cinq... Profonde inspiration. Six, sept, huit, neuf, dix... Expiration. Ça allait passer. Il fallait que ça passe sinon elle allait défoncer le mobilier à mains nues. Après une soirée complète sans électricité, Eve avait constaté que la panne perdurait à son réveil ce qui l'avait mise dans une rage folle. Ceux qui avaient conçu ce putain de vaisseau étaient des foutus bras cassés. Ou alors ceux qui l'entretenaient. Quand elle avait appelé, ils avaient assuré qu'ils faisaient leur possible pour tout réparer au plus vite, mademoiselle, tout allait rentrer dans l'ordre, parole madame, et bla et bla et bla. Résultat, elle avait envie de péter son bureau à coups de lattes pour passer ses nerfs. Le premier à se pointer avait tout intérêt à être efficace, sinon c'étaient ses dents qui prendraient le défoulement de plein fouet. Privée de thé, elle n'était plus elle-même, il fallait dire. Du coup, elle avait travaillé toute la nuit à la lumière d'une minable lampe à batterie qui était - dieu seul savait par quel miracle - rechargée, en buvant à petites gorgées le meilleur de ses whiskys. Pas de laisser-aller, bordel. En conséquence de quoi, elle s'était faite porter pâle au boulot sous prétexte d'attendre le putain de réparateur.

Vêtue d'un long pull écru en grosse maille sur un legging noir, pieds nus et les cheveux relevés à la va-vite, elle avait l'air de... De quoi d'ailleurs ? Classe de son point de vue, évidemment. Il ne pouvait jamais en être autrement. Quand elle ouvrit la porte de sa cabine après deux heures à tourner en rond en attendant le sous-fifre, elle tomba nez-à-nez avec une grande baraque barbue qui arborait le masque de la politesse mielleuse mais était tout aussi saoulé qu'elle, de toute évidence. Les phrases convenues auraient pu la faire sortir de ses gonds et elle inspira à nouveau profondément avant de s'effacer pour le laisser entrer, préférant un silence pacifique à la remarque insultante qui lui était naturellement venue aux lèvres.

La porte se referma derrière la petite main qu'elle détailla sans vergogne pendant qu'il s'orientait dans sa cabine. Au moins, ils ne lui avaient pas envoyé un minable ver à pomme qui serait trop impressionné par elle pour faire quoi que ce soit. Le mec avait de la bouteille, visiblement et sans mauvais jeu de mots, était propre et plutôt avenant malgré l'hypocrisie manifeste de son sourire. Son propre sourire de circonstance ne devant pas avoir l'air beaucoup plus franc, elle s'abstint de lui en tenir rigueur.

- Vous en avez pour longtemps ?

La batterie de la lampe avait fini par lâcher et il ne restait que les marquages de secours pour briser l'obscurité. L'absence de lumière n'était même pas le pire, elle voulait surtout un putain de thé, et vivre chez elle normalement sans avoir à renoncer à tout à cause de conneries de transfos défectueux. C'était quand même pas pour rien qu'elle payait des fortunes pour une cabine de luxe et tout l'équipement qui allait avec. Ce mec avait intérêt à connaître son affaire et à travailler vite. Et à pas faire chier. Et putain, elle allait devenir tarée à force de tourner en rond.

- Je ne vous propose pas de café, ironisa-t-elle dans une tentative pour désamorcer son humeur de chien et s'attirer la sympathie du réparateur qui n'y était après tout pour rien, pour autant qu'elle sache.
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Kerwan Walsh
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Dim 24 Déc - 20:21
Bon alors, devoir me déplacer pour l’entretien et les réparations, c’est vrai que c’est pas la routine. Mais j’exagérerais si je disais que c’était inhabituel. Y a tellement de trucs à entretenir dans le Vidar qu’en réalité, même si je passe le plus clair de mon temps dans les entrailles de vaisseau, ça m’arrive d’ordinaire, disons, allez, deux fois par semaine, de devoir me déplacer. Souvent c’est des trajets qui durent dix minutes, pour faire des relevés sur des transfos, j’y vais avec un collègue alors c’est sympa, on peut parler et après généralement on se paye un café dans un commerce du coin. Mais c’est vrai que les déplacements dans les cabines, dit « non-urgents », je dois les faire tout seul, et malheureusement je ne peux pas passer mon temps de vissage à piailler avec Ira Hraoui ou Philippe de Montfort.
Quand je me déplace à domicile, c’est donc la loterie. Je ne sais jamais sur quoi je vais tomber. Pas niveau matériel parce que tout est plutôt homologué et standardisé, à moins que le propriétaire ait eut la bonne idée de faire des travaux chez lui (Sisi, je vous l’assure, j’ai déjà vu ça dans le Vidar), mais plutôt parce qu’il peut y avoir une centaine de raisons pour laquelle y a une panne. Et c’est surtout la loterie par rapport au propriétaire de la cabine. Et là, je vous assure, j’ai tout eut.
Parce que quand c’est un vieux monsieur sympa, affable et gentil qui vient me voir toutes les cinq secondes à me proposer un café ou un biscuit, là ça va, et après généralement quand j’ai réparé je peux prendre un quart d’heure pour lui faire la discussion, ça aime bien parler les vieux. Mais quand c’est un couple qui s’engueule au-dessus du bébé qui pleure de faim et de peur, là j’ai vite mal à la tête. C’est donc avec une légère appréhension que j’ai sonné, en sachant pas vraiment si ça allait se finir en cinq minutes après quoi je pourrai glander avant de retourner au moteur, ou bien si j’allais en avoir pour deux jours à chercher des câbles dans les murs et à subir les cris et les menaces d’un peigne-cul.

Déjà, c’est dans le secteur des cabines luxueuses. Mais attention aux clichés hein, ça veut rien dire à la loterie : J’ai rencontré des prolos qui me cassaient les couilles autant que les sales bourges. La petite tablette que j’ai à mon bras me dit juste que c’est une « Eve Wellington » qui vit ici, mais c’est le maximum d’informations que j’ai, le nom quoi. Ce qui est censé m’intéresser, niveau détails, c’est juste les paramètres de l’installation, le dernier relevé du transformateur du bloc, et les éventuels travaux qui ont été déclarés dans la cabine.

Quand la porte s’ouvre, je fais mon grand sourire et je dis la phrase que j’aie prévue. Je me retrouve nez-à-nez avec une fille, jeune, jolie. Mais je sens qu’elle va vite me casser les couilles. Ça se voit à la façon dont elle dit pas « bonjour ». C’est horrible. J’ai été élevé dans un foyer catholique, je peux vous jurer que pas dire « bonjour » ça se termine vite en brimades, et c’est un automatisme d’enfance qui est ancré en moi. Allez hop. Je m’essuie les bottes sur le paillasson, et j’entre à l’intérieur. Et là effectivement, je vois que c’est pas mal. Bien décoré, pas surchargé, y en a pas plein les murs partout. Mais vous voyez, c’est du vide « concept », comme les gens riches et de bon goût aiment ne pas couvrir leurs murs de bambous et de trucs qui n’ont rien à voir ensemble.
J’observe rapidement autour de moi. Regarder les lampes (Éteintes), le mobilier de cuisine, le salon... C’est fou, juste l’entrée de la cabine, c’est genre, plus grand que tout « l’appart’ » que j’habite, et genre on est deux avec David, c’est vous faire imaginer le niveau. J’essaye de deviner si elle a fait des travaux qui risquent d’avoir put être à l’origine d’une panne.

« Vous en avez pour longtemps ? »

Aaaaah ! La grande question ! La seule qui intéresse les gens qui attendent un type comme moi, celui qui vient réparer vos toilettes, votre télé, ou vos fenêtres. Le cahier des charges dans leurs têtes ? « Faut que ça remarche », c’est tout. La normalité c’est que tout leur matériel électrique remarche, peu importe comment. En fait, voyez-vous, je suis un prolo. Un gros prolo. Mais mes outils et mes connaissances me mettent à peu près au même niveau qu’un marabout ou qu’un exorciste. Eve elle sait pas comment ramener la lumière, et si elle essaye elle risque de toute façon de se prendre un coup de jus. On appelle ça « l’hermétisme », c’est un mot savant, c’est important d’en connaître car c’est important en société.

« Ah, eh bien... ça je ne sais pas trop, il faut que j’observe... J’espère que ça ne dure pas trop longtemps pour vous, mademoiselle ! »

Combien de temps ça va prendre, ça dépendra de ce qui cause la panne, et de mon accès au panneau électrique. Ça dépendra aussi de ma bonne volonté. Bah oui. Vous pensez que les gens qui m’emmerdent je vais m’empresser d’obéir ? Non, non, non. Comme avec Martin. Toujours un beau sourire et beaucoup d’hypocrisie. Peut-être que, on sait pas, je vais pas avoir mes outils sur place et va falloir que j’aille les chercher, puis le temps que ça revienne y a ma pause de midi, puis en plus il faut que j’aille faire des vérifications sur le secteur... C’est comme ça qu’un problème censé se résoudre en cinq minutes peut prendre une journée. Perso’ ça change rien pour moi je suis payé pareil.

Et voilà que, alors que je m’approche du petit cagibis dans lequel se trouve le disjoncteur (Perso dans ma cabine, la pièce du disjoncteur sert aussi d’endroit où ranger la serpillière et les manteaux, mais ici la dame a un dressing pour ses fringues), elle me propose un café. Je souris et je rigole.

« Ah oui, je suis désolé pour vous !
Mais vous inquiétez pas, j’ai une thermos. »


Et voilà que, de ma boîte à outil, je sors une petite bouteille en acier inoxydable, dans laquelle je mets toujours mon mauvais café lyophilisé le matin. Pendant que la mademoiselle a rien pu se faire chauffer depuis ce matin, moi j’ai la bonne thermos d’où, si j’enlève le capuchon, on peut voir la fumée voluptueuse s’envoler. La chance.

« Vous en voulez ? »
Je propose tout de même avec toujours mon bon sourire.

Bref, assez de se moquer du malheur des gens. C’est important un peu de professionnalisme. Cagibis ouvert. Je me retrouve face au disjoncteur. Je prends un petit bâton métallique et le fait tourner autour de la boîte pour éliminer toute électricité statique ; Erreur de débutant, on peut se prendre un coup de jus. J’ouvre le disjoncteur et à l’intérieur je sens une mauvaise odeur de brûlée, si bien que ça peut pas juste être quelques fusibles.
Commence alors mon diagnostic, tandis que je soupire et que je m’agenouille pour ouvrir ma boîte à outils.

« C’est que dans votre cabine la panne ? Ou bien vos voisins s’en plaignent aussi ?
Vous avez effectué des travaux dans votre cabine, niveau électrique ? Genre, des nouvelles plages, ou... Quelque chose dans ce genre ? »


Je sors le petit adaptateur que je peux brancher à ma tablette. Si « disjoncteur » et « fusible » c’est vrai que ça fait ancien, il faut pas croire qu’on travaille pas avec du matériel de pointe digne de notre siècle. Un logiciel est censé me donner des informations précises pour m’aider à réparer.

« J’espère que vous êtes pas en retard pour aller quelque part ! J’en suis désolé si c’est le cas... »
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Eve Wellington
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Dim 24 Déc - 22:34
Bon, il fallait au moins ajouter au crédit du type qu'il ne se laissait pas impressionner par ses manières hautaines comme n'importe quel pécore du Vidar. Un bon point pour lui. Et il avait du café. Deuxième bon point. Évidemment, son jus de chaussette lyophilisé ne vaudrait jamais le thé qu'elle faisait conserver à prix d'or et dont elle n'aurait jamais assez pour survivre le reste de sa vie, mais c'était mieux que l'eau et le whisky auxquels elle était cantonnée depuis la veille. En toutes autres circonstances, elle aurait craché son mépris à la tronche de ce gros péquenaud et de son ersatz de café mais après une nuit complète d'impatience, elle avait atteint le point de non-retour. À croire que le vernis se craquelait. Alors elle accepta le café et avec un sourire et merci beaucoup monsieur, c'est très gentil, et elle se fendit même de lui proposer des biscuits dont elle s'était envoyé deux boîtes depuis la veille au soir.

Radoucie par les manières simples et calmes de son sous-fifre attitré du jour, elle eut même la bonne grâce de s'abstenir de mater tout ce qu'il faisait. Après tout, si elle avait été plus douée en électricité, elle aurait réparé elle-même. Mais elle c'était pas ça son truc. Elle saisissait bien qu'il y avait un souci et avait déjà éliminé les facteurs les plus courants, mais la source de la panne lui restait inconnue. Du coup, il fallait s'en remettre au spécialiste. Et se montrer sympa avec lui pour qu'il y mette de la bonne volonté. Échange de bons procédés en quelque sorte. Grâce ultime, elle cessa d'arpenter les lieux comme une damnée et se percha sur le bord d'une table pour allumer une cigarette, histoire de répondre à ses questions sans surveiller ce qu'il faisait.

- C'est seulement chez moi,
lui confirma-t-elle plus gentiment. Et j'ai pas fait de transformations.

Pas du point de vue électrique en tout cas. Elle vivait aussi sobrement qu'il lui était permis de l'envisager et à la limite de l'ascèse compte tenu de ce dont étaient capables ses semblables. Elle aimait juste son petit confort et avait les moyens de se la payer.

- Ne vous en faites pas, j'ai pris ma journée, admit-elle en soufflant une longue fumée libératrice.

Peut-être était-ce le fait que le réparateur soit finalement arrivé ou qu'il ait l'air si neutre et calme face à elle, en tout cas, la tension était retombée et elle se sentait soudain beaucoup plus détendue devant cette journée de boulot à demi-gâchée. il serait toujours temps de se remettre à ses calculs et ses analyses de résultats quand la lumière serait revenue avec son thé. Et puis bon, elle savait bien que les petites gens ne pouvaient pas les encadrer, ses semblables et elle. Il était totalement inutile de donner du grain à moudre à ce type qui avait l'air disposé à faire correctement son travail. À moins qu'il parasite son installation exprès pour revenir ? Mais non... Franchement, les losers libidineux et autres amateurs de scoops, elle les flairait à des kilomètres. Lui, il avait l'air de ne même pas savoir qui elle était, ce qui était infiniment reposant. Au point qu'elle tenta même une amabilité qui ne lui ressemblait guère mais qu'elle sentait comme nécessaire sur le moment.

- Désolée pour l'accueil, je ne suis pas très patiente. Mais je vous remercie de venir m'aider.

Minable justification, elle le reconnaissait elle-même, mais c'était le mieux dont elle était capable pour le moment après une nuit quasi-blanche. S'il avait un peu d'indulgence, son bricol-boy du moment se laisserait peut-être attendrir.
Au moins un peu.
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Kerwan Walsh
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Dim 24 Déc - 23:06
Eh oui, la mécanique et l’électricité c’est très hermétique. Avec ma petite tablette branchée au tableau électrique, j’essaye de pianoter avec mes doigts sur l’écran pour essayer de voir un rapide diagnostic électronique. Généralement, les explications de pannes sont très simples : C’est ou bien un appareil qui est défectueux, ou bien parce que trop sont branchés. Mais maintenant n’est pas le moment pour lui faire un grand interrogatoire sur si c’est son sèche-cheveux, sa bouilloire ou sa chaîne hi-fi qui a causé la panne. On s’occupera des causes quand l’électricité sera revenue.
Et là malheureusement c’est peut-être pas parti pour que ça soit réparé facilement. Si je voulais être chiant je pourrais commencer par poser les questions débiles, genre : « vous avez pensé à couper et remettre ? » ou « je vais voir si un fusible n’a pas sauté ». Cela je me le réserve si elle est chiante, mais heureusement, malgré son manque de « bonjour », ça ne semble pas avoir été le cas, et elle se rattrape en plus ! En demandant des excuses ! Du coup, je me mets sérieusement au travail, tout en lui faisant un petit sourire entendu, ma tête pivotant au-dessus de mon épaule comme une chouette, pour lui parler alors qu’elle fume.

« C’est tout pardonné ; Je comprends comment ça peut être usant quand des petites choses fonctionnent pas. Le cerveau humain adore l’habitude. »

Eve doit entendre plein de « clics », « clics », alors que je vérifie les boutons et que je débranche la tablette. Malheureusement, ça a l’air très mal parti. On dirait que le problème vient plutôt du tableau électrique. Je pourrais vous donner plus de détails mais en réalité vous n’avez pas tellement envie de le savoir. Et puis ça supprime le charme de l’hermétisme, hein.
Je sors une petite lampe torche que j’allume et que je place dans ma bouche. Ça me permet de libérer mes deux mains, que je recouvre de gants isolants. On dirait que le tableau est cramé. Ou pas. Mais en tout cas y vaut mieux que ce soit moi qui le touche plutôt qu’elle ; Faudrait pas qu’elle soit électrocutée. Même si y a plus de courant.

Je m’attelle donc à le débrancher et à le retirer, tandis que je cherche à faire un semblant de conversation, la lampe toujours dans la bouche :

« Bah oui, le travail c’est l’inhabituel, c’est le rythme. Mais avoir le lit, le café, le manger à heures fixes, c’est le socle dont on a besoin. Alors forcément, quand on nous prive de ça certains deviennent fous !
Une fois, un de vos voisins d’ailleurs, la conscience professionnelle m’interdit de dire lequel, il m’a presque agressé parce que ses stores ne marchaient plus ! »


Je retire la lampe torche de ma bouche. Ça va prendre un peu plus de temps que prévu. Y vaut mieux que je la fixe à mon front.

« Vous faites quoi comme travail, mademoiselle ?
Je veux pas vous inquiéter mais malheureusement ça risque de prendre un petit moment... Alors heu... Si vous avez besoin de faire quelque chose y a pas de problème... »
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Eve Wellington
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Lun 25 Déc - 10:10
Le type n'était pas totalement obtus et elle ne l'avait pas définitivement braqué, ça s'annonçait pas si mal. Elle l'observait de dos pendant qu'il trafiquait des trucs et des machins avec des bruits bizarres tout en lui expliquant pourquoi un détail aussi insignifiant que l'absence de thé pouvait la rendre dingo - ce qu'elle comprenait fort bien, soit dit en passant -. C'était assez rare finalement les gens qui savaient désamorcer une situation potentiellement explosive avec autant de doigté. En général, ses sautes d'humeur terrifiaient les gens qui y assistaient. À l'exception de Teddy qui avait toujours su comment s'occuper d'elle sans que personne ait jamais eu à lui apprendre. Du coup, ce grand échalas tout calme la surprenait et la réconciliait avec le présent alors qu'elle aurait volontiers démonté le Vidar pièce par pièce moins d'une demi-heure avant. Elle se fendit même d'un sourire qui se voulait complice alors qu'il mentionnait un voisin aussi caractériel qu'elle-même mais avec moins de retenue.

- C'est vrai, ça rend fou quand on est privés de nos petites habitudes, admit-elle posément.

À présent qu'une solution potentielle s'était présentée et qu'elle voyait le bout du tunnel, c'était plus facile de prendre du recul et de reconnaître son absence totale de patience. Jambes et bras croisés, elle continuait à fumer tranquillement sans cesser d'écouter et d'observer le type. En réalité, c'était sa première distraction depuis la veille et elle était plus que bienvenue. Et il faisait poliment la conversation alors qu'il n'était pas obligé, c'était plutôt sympa. Putain, elle devait dérailler salement pour trouver le premier pécore venu suffisamment digne d'intérêt pour répondre à ses questions. Ou alors elle était juste très lasse de son problème de merde qu'elle ressassait toute seule depuis plus de douze heures.

- Je travaille chez WasteWell. Enlèvement et recyclage des déchets.

Autrement dit, elle bossait dans les poubelles. Sous-entendu : j'ai beau être de la haute, je fous aussi les mains dans la merde, t'as vu ? Nous les riches aussi on sait ce que c'est que le dur labeur, tout ça... Enfin peut-être pas, quand même. Fallait pas pousser. Mais bon, son job consistait quand même à recycler les ordures des gens, et ça c'était capital quand on voyageait à autant qu'eux sur une boîte de conserve dans l'espace et qu'on essayait de pas trop polluer derrière soi. Enfin la pollution, elle soupçonnait les instances dirigeantes de s'en carrer profond, mais ils étaient contents qu'on se serve de toutes les ressources disponibles pour améliorer le Vidar. L'invention du Wellnum avait fait la fortune de WasteWell, c'était clair, et la sienne par voie de conséquence. Bref, on lui demandait juste d'être un minimum utile. Une jolie gosse de riches comme elle, on pensait toujours qu'elle remuait des papiers dans la boîte de Papa et c'était très bien comme ça.

- Un petit moment ?

Et merde. Ramenée à la dure réalité de la vie, à savoir que les riches comme les prolos dépendaient tout autant de l'électricité sur ce putain de vaisseau, elle eut un moment de flottement. Finalement, elle se laissa glisser au bas de la table, écrasa sa clope et approcha dans le dos du réparateur.

- C'est si grave que ça ?

Elle avait beau pas trop toucher sa bille en électricité, elle était pas née d'hier non plus et savait bricoler suffisamment pour éviter de faire passer des réparateurs chez elle tous les quatre matins. Mais là, visiblement, on était bien au-delà de ses compétences. Elle espérait surtout qu'on était pas au-delà de celles du type parce que sinon, elle allait claquer le scandale du siècle à l'autorité compétente. Bref, pas la peine de s'énerver, on compte jusqu'à dix dans sa tête, on inspire et ça va aller.

- En fait, j'ai annulé mes rendez-vous et pris la journée pour pouvoir être là.

Et pour pouvoir se détendre quand le courant serait revenu, accessoirement. Une heure de yoga, une douche brûlante, un thé parfumé et bien chaud. Elle se voyait très bien allongée dans le canapé devant l'écran qui simulerait un joli feu de cheminée. Si en plus il y avait un type physiquement intelligent pour la faire grimper au rideau, ce serait vraiment le pied complet mais fallait pas trop en demander non plus. Surtout que là, le début du programme ne se profilait même pas de loin.

- Vous avez besoin de quelque chose en particulier ? Je peux aider ?

C'était complètement con comme question en soi vu que l'électricité c'était sa partie à lui, mais le fait est qu'avec son téléphone et sa voix de connasse supérieure, elle pouvait obtenir pas mal de choses. Enfin surtout avec le montant de ses crédits disponibles, soyons honnêtes. Ce qui était clair c'est qu'en l'absence de possibilité de se rouler sur son tapis, autant faire ce qu'il fallait pour ne pas passer la journée à faire chier ce pauvre type qui devait croire qu'elle ne pouvait pas assortir ses fringues hors de prix sans la lumière adéquate. Cela dit, en dehors de lui offrir des biscuits et des cigarettes ou de faire la conversation pour le distraire, elle devait bien reconnaître qu'elle lui était à peu près aussi utile qu'un banc de piranhas.
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Kerwan Walsh
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Lun 25 Déc - 11:59
Le maraboutage du panneau électrique se passe plutôt bien. Lampe-torche sur le front, tablette avec détecteur de tension sous le bras, gants isolants recouvrant mes mains, je déshabille lentement le panneau électrique de la cabine, pour mettre l’électronique à nu, et dévoiler ainsi les fils de couleurs différentes, les gaines, les pièces encastrées au fond du mur. Je renifle une mauvaise odeur de brûlé, et je suis soudain content que le disjoncteur ait bien fait son travail en coupant toute l’électricité de la cabine. On s’en plaint, certes, mais il vaut mieux ne plus avoir de thé qu’un incendie dans sa cabine. Surtout sur un vaisseau spatial. Les normes de sécurité sont vraiment au top sur le Vidar.
Les normes de construction... Un peu moins.

L’anguille se déplace dans mon dos, et maintenant tente d’observer ce qui se passe. Elle est soudain inquiète, surtout à l’idée que l’électricité ne va pas revenir de suite. Je me penche dans ma boîte à outil, et sort la lampe-torche à main qui était dans ma bouche tout à l’heure, pour la lui donner. Je lui fais le signe de l’allumer, afin qu’elle puisse observer son disjoncteur, tandis que je pianote sur ma tablette, que je la repose, et que je sors un détecteur d’humidité que je me mets à passer le long du mur. Et effectivement, ma théorie est confirmée.

« Vous avez peut-être pas fait de travaux, mais peut-être que votre voisin lui il a rénové sa salle de bain. Parce que ce qui se passe c’est qu’il y a de l’eau qui ruisselle le long du mur. Ou alors c’est une conduite qui a sauté, mais j’ai pas eu d’informations comme quoi y a eut une coupure ou un trop fort débit d’eau, ou alors je dois repasser faire un relevé au secteur...
Bref, il va falloir l’isoler, puis optionnellement aller voir chez le voisin si c’est de sa faute. »


Parce que si c’est de sa faute il y a un préjudice. Et peut-être même qu’on pourrait retenir le préjudice contre la sécurité du Vidar, auquel cas c’est carrément un acte criminel. Si ça se trouve c’est juste une mamie qui a voulu une ouverture dans sa baignoire parce qu’elle a du mal à lever les jambes, mais hein, les gens y se rendent pas compte de comment leurs choix ça peut influencer sur les autres.

Techniquement, là, ma mission elle est finie. J’ai identifié la cause, maintenant je dois dire au revoir et retourner au moteur où je dirai à Damien le problème dans un beau rapport standardisé, et puis ce soir, ou plutôt demain ou dans deux jours selon la disponibilité, il faudra que je revienne avec Philippe et on se mettra à faire des trous dans le cagibi pour re-isoler la cabine. Je retire mes gants et je me mets à me gratter la barbe, avant de me remettre à parler.

« En vrai ça risque de prendre un peu de temps pour réparer... Mais, si vous êtes vraiment pressée d’avoir l’électricité, je... Je peux peut-être faire un petit bricolage. C’est pas vraiment réglementaire, mais bon, au moins comme ça vous aurez à nouveau l’électricité le temps que je revienne faire une vraie réparation...
Vous en dites quoi ? »


Je m’attends à ce qu’elle dise oui, bien sûr. Mais le fait que ce soit pas « réglementaire » ça fait qu’elle va se poser des questions.

« Je peux essayer de voir à l’intérieur d’où l’eau ruisselle pour isoler, et puis sécher les fils. Comme ça le tableau pourra se remettre en marche sans que le disjoncteur saute. J’en ai pour... Boah, une heure, une heure trente. Je préfère ça plutôt que de vous laisser dans le noir...
À moins que vous soyez pas à l’aise. »
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Eve Wellington
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Lun 25 Déc - 12:34
Étonnamment docile, Eve saisit la lampe torche et éclaira le tableau pour voir ce que lui montrait son camarade de taule. Quand elle capta le taux d'humidité et comprit ce qui s'était passé, elle se retint d'exploser mais laissa échapper un joli petit juron fleuri à l'adresse du voisin indélicat. Encore un putain de connard égocentrique, c'était clair. Ça allait demander des tas de réparations compliquées, des travaux à n'en plus finir et attendre que la putain de cloison sèche et que ce connard de voisin reconnaisse ses torts. Elle aurait buté quelqu'un avant la fin de la procédure, pas de doute. Mais comme le bricolo-à-ton-service avait l'air plus dégourdi que la moyenne des gens, elle allait peut-être s'en sortir moins mal que prévu. Une réparation de fortune en attendant mieux ? Oh que oui, putain de dieu et je pourrais te baiser les pieds pour te remercier si tu sortais de la douche désinfectante.

- Vous pouvez faire ça ?

Question con et insupportable ton plein d'espoir de celle qui est en manque de théine depuis bien trop longtemps pour le salut de son âme. C'est pas qu'elle avait peur du noir mais pour quelqu'un qui était terrifié par le vide, l'obscurité sur un vaisseau spatial, c'était pas spécialement un voyage enchanteur.

- Faites ce que vous pouvez, s'il vous plaît, le pressa-t-elle un peu trop avidement.

Sa main libre s'était posée sur son épaule pour se redresser et dans un geste spontané pour le remercier de ses efforts. Franchement, il était pas obligé et là vraiment, s'il pouvait vraiment l'aider, elle allait être vraiment reconnaissante. Moins nerveuse avec la possibilité d'une solution, même à court terme et en attendant des travaux ultra-chiants, elle se détendait à vue d'oeil. L'obscurité ne la dérangeait plus, le manque de thé et de relaxation non plus, elle s'était même remise à sourire.

- Si vous avez besoin de matériel ou d'aide ou de n'importe quoi, vous n'avez qu'à le dire, je m'arrangerai.

Mais surtout qu'il ne la laisse pas en plan avec son problème de merde et des heures à attendre seule et dans le noir qu'on puisse stopper l'origine de la fuite et faire sécher son foutu tableau. Soudain l'idée de passer à nouveau des heures dans ces conditions lui était insupportable.
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Kerwan Walsh
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Lun 25 Déc - 13:11
« S’il vous plaît ». Eh bah voilà ! Avec le petit ton tout accorte et mielleux. Voilà ce que j’aime, et qui me motive. Monsieur Walsh peut faire preuve de beaucoup de bonne volonté quand on est gentil avec lui. Je ne suis pas un bon nègre, hein, ni un prolétaire intéressé qui pense gratter du fric. Je suis plutôt... Un animal grégaire. Comme les petits cochons d’inde. J’aime recevoir des attentions et des gentillesses, et j’aime en rétribuer, dans une sorte de lien social fait de sourires et de « bonjours ». Eh bien, puisqu’on m’a dit « s’il vous plaît », c’est avec joie que je prépare de quoi faire sécher la cloison et chercher d’où l’eau ruisselle pour pouvoir protéger, au moins un temps, le panneau électrique.

« Nan, nan, vous inquiétez pas, j’ai tout ce qu’il faut avec moi. Essayez juste de trouver de quoi vous occuper une heure, deux grand maximum.
Mais s’il vous plaît, ne fumez pas, ça va juste vous rendre plus nerveuse encore ! »


En tant que bon fumeur accroc à la beuh et à la nicotine, je fais souvent la leçon aux autres qu’il ne faut pas trop en prendre. Je suis très fort pour me prendre en exemple sur mes mauvais choix de vie. C’est comme mon colloc, David, que je pousse à faire des études alors que moi j’en ai pas fais, justement pour qu’il évite de finir comme moi à retaper des panneaux électriques et qu’à l’inverse il puisse occuper une cabine comme celle de mademoiselle Washington.
Moi je suis quarantenaire. J’ai l’âge d’être un daron, mais j’ai pas de gosses. J’ai un boulot qui est le même depuis mes quatorze ans. Il m’arrive de regretter d’avoir quitté le foyer, j’aurais dû finir prêtre, mais ça m’aurait empêché d’être ivre et de copuler. Je chasse vite ces idées un peu nostalgiques qui me reviennent quelques fois, et je m’attelle plutôt à ma tâche.

C’est une corvée. Mais pas dans le sens que c’est une torture ou que j’en souffre, le terme est mal utilisé. C’est une « corvée » dans le sens biblique. Dans le genre où c’est le travail, l’emploi auquel mon corps a été rodé et mon esprit maîtrisé. C’est ma destruction intellectuelle où toutes mes facultés mentales se sont employées à pouvoir, en un instant, comprendre ce que chaque fil fait et ce que chaque instrument apporte à mon emploi. Saint Thomas d’Aquin (Je l’ai lu) aime le travail, pas comme les protestants qui y verront une obligation avec la retraduction de Luther, mais plutôt comme une utilité qui permet de chasser l’oisiveté. Regardez, tant que je suis là, perdu comme un geek avec des grosses lunettes, devant le disjoncteur et les fusibles, je ne pense pas à faire tous les trucs de pécheur que je fais d’habitude : C’est-à-dire, boire, fumer les splifs mélange tabac-cannabis, manger gras, boire de la vodka, et enfin, une fois que mon cerveau est bien atteint, appeler fébrilement une meuf que je connais dans l’espoir de pouvoir me « détendre ». C’est la poursuite du bonheur.
Une heure. Une heure dans le noir et dans l’humidité, lumière sur le front, alors qu’on entend des bruits du petit aspirateur à main, de la résine que je colle le long du mur, des « bips » intempestifs du détecteur de ma tablette. Un boucan, sérieux, qui sonne à mes oreilles comme les cloches d’une antique cathédrale.

In principio creavit Deus caelum et terram. Terra autem erat inanis et vacua et tenebrae, super faciem abyssi et spiritus Dei ferebatur super aquas.
Dixitque Deus : fiat lux.
Et facta est lux.


Y faut remettre tout le tableau électrique en place. Rebrancher les fils. Visser. Remettre dans l’état où je l’ai trouvé, même s’il faut garder le cagibis aéré car ça sent encore un peu le cramé. Quelques fusibles ont sauté, mais il y en a dans la cabine pour les remplacer. Quelques fils ont bruni, mais je les changerai en revenant. Pour l’heure, je me prépare à ramener la lumière dans un magnifique maraboutage.
Je mets le disjoncteur sur la position « marche ». Immédiatement, la lumière du salon se rallume. Le réveil se remet avec un « 0:00 » clignotant. La lumière rouge du chauffage brille. Et je sors de la cabine en enlevant ma lampe frontale que je jette dans la boîte, et en retirant mes gants alors que je retourne dans le salon chercher miss Washington.

« Voilà. J’ai fais ce que j’ai pu »
, je dis en me ramenant avec mon grand sourire jouasse. J’espère que sa gentillesse va pas immédiatement se retourner, ce serait décevant. « Mais... C’est précaire, vous risquez d’avoir une nouvelle coupure s’il n’y a pas intervention... Je vais écrire mon rapport et on vous enverra un technicien pour s’en occuper. J’écrirai « risque d’incendie », comme ça vous pouvez être sûr que ça sera réglé rapidement.
Voilà voilà... Vous... Avez encore besoin de quelque chose ? »


Je regarde rapidement l’heure sur ma montre. Si j’arrive à gratter dix minutes je peux dire que c’est ma pause légale. Ce serait bête de m’imposer, mais comme je vous l’ai dis, je suis grégaire.
Y a peut-être de quoi obtenir un café.
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Eve Wellington
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Lun 25 Déc - 14:36
Renvoyée à son inutilité, Eve accepta pourtant son sort de bonne grâce dans la mesure où il s'assortissait d'une promesse d'amélioration très prochaine de son sort. Quant à s'abstenir de fumer, c'était plus difficile à envisager. Mais elle fit l'effort de ne pas allumer les cigarettes les unes à la suite des autres et de se contenter d'une ou deux. Occupée à ne rien foutre sans tourner en rond, elle s'intéressa à diverses choses pas trop éloignées, finit ce qu'elle s'était servi de café avec quelques biscuits, tapota un coussin ou deux et au moment où elle ne l'attendait plus, la lumière fut. Retenant à grand peine un cri de joie, elle opta pour un plus discret soupir de soulagement au moment où l'opérateur du saint-esprit sortait de son cagibi avec la mine réjouie de celui qui vient annoncer la Bonne Nouvelle. Incapable de résister à cette spontanéité rafraîchissante, elle lui offrit en retour son sourire le plus sincère depuis des années et un vrai remerciement chaleureux, les yeux dans es yeux. Parce que merde, après plus de douze heures dans un mausolée, ce mec venait de lui redonner la vie, sans trop exagérer. Les mots pénètrent son esprit et elle hoche la tête, pas ingrate pour deux sous malgré son air de pas y toucher.

- C'est quelqu'un d'autre qui viendra ?

Une pointe de déception, peut-être ? L'idée d'un autre inconnu envahissant son intimité avec un bleu de travail et des rangers lui faisait soudain horreur. C'était un peu comme annoncer à voix haute que tout le monde pouvait entrer et attendre de voir quel clodo allait s'inviter à sa table. Enfin presque. Parce que bon, maintenant qu'elle était habituée à son prolo du jour, autant le garder et pas devoir en amadouer un autre qui serait peut-être moins sensible à son charme ou à ses bonnes manières. Outre le fait qu'on n'était jamais à l'abri d'un renifleur de culottes ou juste d'un type trop curieux. Celui-là au moins il avait des manières et il sentait bon, il ne prenait pas un malin plaisir à la mettre mal à l'aise comme certains de ses camarades de cambouis. Un peu désarçonnée par l'idée qu'il allait partir et que d'autres allaient se succéder sans fin dans son cagibi jusqu'à la rendre folle, elle le dévisagea en silence quelques instants avant de s'animer à nouveau.

- Ce serait possible que ce soit vous qui vous en chargiez ? Si ce n'est pas trop vous demander. C'est-à-dire... Je ne suis pas très à l'aise avec l'idée que des tas d'inconnus défilent chez moi...

Ça devait lui paraître complètement con comme réflexion. Problème de riche, sans doute. Mais au moins c'était la vérité. Pour une fois qu'elle ne forçait pas la main des gens avec ses crédits mais se contentait de demander poliment, elle espérait qu'il apprécierait la faveur. Et pour enfoncer le clou - en plus de lui éviter une nouvelle attente infernale si le courant sautait encore - elle fit le truc le plus délire de son année d'actions déjantées d'héritière policée.

- Je n'ai pas mangé depuis hier, je vais commander quelque chose. Vous voulez me tenir compagnie ? Je peux expliquer à votre chef que j'ai besoin de vous pour le courant, si vous voulez.

Putain, elle devait vraiment avoir l'air désespéré et c'était vrai d'une certaine manière. Elle aurait du aller passer ces heures d'obscurité chez Teddy ou ailleurs au lieu de se laisser bouffer le moral par l'idée qu'ils allaient tous crever dans ce foutu vaisseau et être engloutis par un trou noir. Tant pis, merde. De toute façon, Bricolo-Man ne savait pas qui elle était et avait l'air de s'en foutre. Au mieux, il allait juste penser qu'elle était une riche solitaire excentrique de plus et profiter du repas gratos. Au pire, il allait croire qu'elle l'invitait à la sauter pour compenser son état de mal baisée inhérent à sa condition de pauvre petite fille trop riche et trop seule. Dans un cas comme dans l'autre, ça ne la changerait pas de ce dont elle avait l'habitude. Les gens pensaient toujours un tas de trucs. Sûrement que c'était pas sain une fille comme elle aussi riche et qui ne s'en remettait pas à la toute-puissante volonté d'un homme pour diriger sa vie et lui pondre un tas de morveux.
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Kerwan Walsh
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Lun 25 Déc - 15:06
Je suis un peu étonné de la réflexion de miss Wellington. J’en ai les sourcils qui s’élèvent sur mon front, et les lèvres qui se tordent, tandis que je me fige le temps d’une courte réflexion. C’est un peu bizarre, les mots qu’elle utilise. Enfin c’est pas l’idée, c’est plutôt sa manière de l’exprimer, les mots qu’elle utilise. Du coup, je lève mes yeux pour la regarde. Je veux dire, réellement de la regarder. Depuis l’heure et demi que je suis dans la cabine, en fait, j’ai passé tout mon temps à regarder de façon un peu obscurcie des câbles et des fusibles. Si son ton accorte a plu à mon oreille, j’ai pas tellement eut le temps de la jauger, pour de vrai.
Donc. Je l’observe. J’observe ses yeux. Ses lèvres pincées. J’essaye de voir qu’est-ce qui transpire derrière son interrogation, derrière son mot « d’inconnus ». Malheureusement, si je suis bien doté d’une empathie humaine, je suis pas mentaliste, et du coup j’ai juste quelques hypothèses que j’aime pas confirmer, personne n’aime être catégorisé. Je me demande si elle n’est pas un peu agoraphobe. C’est possible. Je sais pas, c’est privé. Mais du coup, eh bien, si je peux rendre service et rassurer...

« Faut pas vous inquiéter mademoiselle. Les techniciens du Vidar ce sont tous des gens sérieux, que ce soit moi ou un autre...
Mais bon... Je sais déjà à quoi ressemble votre tableau, et puis c’est moi qui aie appliqué la résine... Oui, y faudra que j’aille chercher du matériel, mais je veux bien m’en occuper. »

Damien va se demander pourquoi je fais de l’excès de zèle. Heureusement ce n’est pas un homme très malin. Non pas qu’il soit débile, sinon il serait pas superviseur du moteur, mais je veux dire, pas malin et pas intelligent sont deux choses différentes ; Disons qu’il manque de jugeote et de réflexion, parce qu’il est arrivé à un point où il a fait trop d’études. Donc, il va sûrement penser que s’y je m’attelle autant à ramener l’électricité dans une cabine quelconque, c’est juste pour rater mon travail et éviter une journée dans les entrailles huileuses et puantes du Vidar. Y me prendra pour un tire-au-flanc.
Y a que Philippe de Montfort pour me prêter des intentions beaucoup moins honorables. D’autant plus s’il avait vu que la propriétaire de la cabine était une jeune femme, et pas genre, la mamie de 80 ans qui doit vivre au-dessus.

Du coup, je lui souris.

« C’est très gentil de votre part de proposer. Je pensais que vu que l’électricité est revenue vous vous empresseriez d’utiliser vos plaques. Mais soit, oui, je veux bien manger avec vous.
Tant que je suis ici, on pourrait peut-être aller chez votre voisin du bloc au-dessus pour voir si effectivement il a fait des travaux. Ou bien, je m’en chargerai moi-même ! Pas besoin de vous tracasser avec ça. Et puis les affaires de voisinages, vous savez... ça peut vite pourrir la vie. »


Je gratte ma barbe. Je prends ma boîte à outil pour la poser dans le couloir.

« Je m’appelle Kerwan au fait. »
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Eve Wellington
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Lun 25 Déc - 15:49
Eve s'empourpra légèrement. Même si elle s'en foutait royalement qu'on la croit capable de penser que les techniciens du vaisseau étaient tous des pervers, ce n'était pas exactement ce qu'elle avait eu en tête quand elle avait demandé à celui-là de se charger personnellement de son cas. Mais il était difficile à présent de lui expliquer que rencontrer la moitié des prolos du Vidar ne faisait pas partie de ses priorités et que si on savait ce qu'on perdait, on ne savait jamais ce qu'on gagnait en échange. Bref, autant qu'il la croit complètement idiote ou bourré de préjugés, c'était un moindre mal. En tout cas, il était d'accord et ça c'était plutôt sympa. Il y avait donc encore dans ce foutu raffiot des pécores qui pouvaient vous surprendre par leur absence de rancoeur mal placée à l'égard des nantis.

Franchement, elle aurait pu beaucoup plus mal tomber et se félicitait de son initiative, même si ça la faisait passer pour une désespérée vulnérable. Ce qui n'était pas complètement faux, d'ailleurs. Les chiffres, les équations, les analyses, les expériences sans fin, elle les comprenait parfaitement. De même qu'elle avait parfaitement saisi les codes de la communication, des rumeurs et de la maîtrise de l'image de marque. En revanche, les émotions humaines et les relations inter-personnelles lui restaient plutôt nébuleuses, hormis avec son frère Teddy. Il était bien le seul avec qui les choses étaient simples. Ils parlaient le même langage.

Et pour prouver que les riches n'étaient pas les mieux pourvus dans tous les domaines, le réparateur avait l'air plutôt à l'aise avec l'idée de rester déjeuner avec elle. Il souriait et se présenta avec un naturel confondant. Ça avait l'air tellement simple quand les autres le faisaient. Tendant la main avec un sourire d'excuse, elle se glissa dans son rôle plus aisément qu'on aurait pu le croire.

- Enchantée, Kerwan. Je suis Eve. Et je ne sais pas cuisiner.

Elle l'invita à s'asseoir au salon d'un geste gracieux et alla chercher de quoi boire. Ça au moins, elle savait faire.

- C'est vraiment gentil à vous de le proposer, reprit-elle concernant le probable problème de voisinage. Vous saurez sûrement mieux que moi comment lui expliquer ce qui se passe.

Agenouillée devant la table basse sur laquelle elle avait posé son plateau, elle lui désigna le choix en bonne petite maîtresse de maison. Le reste était généralement fait par des bonniches mais servir à boire faisait partie des attributions de sa mère, elle pouvait donc s'en charger elle-même aussi. Si ses compétences sociales étaient proches de la nullité, elle savait très bien tenir le rôle de la ravissante inutile, en revanche.

- Il y a du vin, de la bière ou de l'eau.

Sur la plateau, elle avait également apporté le combiné d'intercom avec lequel elle était en lien avec ses pourvoyeurs en nourritures terrestres. Uniquement les meilleurs restaurants du Vidar, ça allait sans dire. Une fois les verre servis, elle en appellerait un au hasard.
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Kerwan Walsh
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Lun 25 Déc - 16:32
Ah, elle sait pas cuisiner. C’est pourtant la base des relations humaines, pour moi. Nourrir autrui c’est de l’amour, c’est freudien.
Mais voilà, au moins je vais manger. Sur mon chantier de l’après-midi, certes, mais c’est gentil qu’on me propose. Je m’assois bien sagement sur le canapé alors qu’on m’amène de la boisson. Je pince un peu mes lèvres alors qu’elle me présente de quoi boire :

« Ah, je veux pas paraître impoli, mais je vais juste prendre de l’eau.
C’est une très mauvaise idée de boire pendant la journée de travail. »


C’est surtout interdit. Et puis l’eau plate ça va me faire du bien, faut pas complètement déshabituer mes reins du liquide de la vie. Je bois tellement d’alcool que je suis une distillerie ambulante, j’arrive à absorber l’alcool et pisser du jus de raisin, c’est pas sain.

« Mais c’est très gentil de proposer. Je tiens bien l’alcool hein, mais je préfère attendre la fin de la journée. »

Voilà. J’attends bien sagement qu’on me sert, les bras sur les cuisses, les mains liées, avant de dire le petit « merci » dont je suis redevable quand enfin je peux me désaltérer.
Faut aussi rester silencieux le temps que miss Wellington passe la commande. Et voilà, y faut attendre.

Y a un petit silence qui règne. Ces petits silences un peu gênants, à moitié malaisant, qu’il faut combler avec la discussion. Heureusement que je suis assez loquace, je pense. Mais l’important c’est de pas créer une gêne avec des questions.

« Comment vous comptez vous occuper, puisque vous êtes partie pour rester là toute une journée ? J’espère que je vous dérange pas trop, j’essaye de rester discret. »
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Eve Wellington
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Lun 25 Déc - 17:41
Bizarrement, le fait qu'elle ne sache pas cuisiner avait l'air de le choquer beaucoup plus que le fait qu'elle boive en pleine journée ou qu'elle ne sache pas démonter le tableau électrique pour le remettre d'aplomb. S'il avait lui aussi ce genre d'idée terrestre rétrograde sur le rôle de la femme et tout ça, elle allait en baver pour lui faire la conversation poliment, putain. En revanche, ça ne la gênait absolument pas de boire en pleine journée pour sa part. En bonne alcoolique mondaine, sans doute un héritage du passé familial britannique, elle pouvait se jeter des verres derrière la cravate à longueur de journée et savait néanmoins où s'arrêter pour avoir toujours l'air parfaitement sobre et maîtresse d'elle-même. Jamais encore on ne l'avait prise en défaut. Ç'aurait été une telle faute de goût...

Le verre d'eau de son invité servi, elle se versa un verre de vin sans hésiter et en but une gorgée avec délice. Voilà. Si elle n'avait pas eu des scrupules à boire pendant qu'il bossait, elle aurait commencé par là et aurait été vachement plus détendue. Une fois la commande passée, elle revint à Kerwan sans paraître se rendre compte du léger malaise qui habitait le silence. La conversation mondaine, les silences calculés, tout ça, elle connaît par coeur, c'est dans les gênes des gros bourges comme elle. Balayant d'une petit geste vague de la main l'idée qu'il puisse la gêner, elle sourit avec naturel, en terrain connu de nouveau.

- En fait j'ai toujours des choses à faire, du travail que ja rapporte ici. Mais pour être honnête, je pensais profiter du reste de la journée pour me détendre.

Quelle conne, il allait croire qu'elle le foutait à la porte du coup. C'était vraiment pas très logique tout ça. Décidément, elle était d'une adresse à faire peur aujourd'hui. À croire que son frère lui soufflait ses répliques de goujat à l'oreille.

- Mais vous ne me dérangez absolument pas, sinon je ne vous aurais pas demandé de rester, tenta-t-elle de se rattraper.

Elle reprit une gorgée de vin pour arrêter le flot imbécile de ses paroles qui l'enlisait et menaçait de tourner à la diarrhée verbale inutile. Une grande première. Elle qui savait se tenir en toutes circonstances avait l'air presque aussi gauche que le premier pécore venu à la table de sa mère. C'est à cet instant que le plateau transparent de la table basse lui révéla qu'elle avait laissé trainer dessous des croquis et des feuilles de calcul qui n'avaient rien à faire là. Calmement, elle entreprit de les rassembler et de les ranger dans une pochette.

- Désolée, murmura-t-elle.

Se plaquant un air dégagé sur son joli minois, elle reprit avec naturel le fil de la conversation, comme si de rien n'était.

- Qu'est-ce que vous faites quand vous ne venez pas en aide à des bras cassés comme moi, Kerwan ?
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Kerwan Walsh
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Lun 25 Déc - 22:17
J’observe rapidement les papelards qui sont cachés sous la table. Un tas de lettres et de chiffres absolument indéchiffrables, du moins pour les deux secondes dans lesquelles je regarde. Je me contente de souffler un « y a pas de problème » quand elle s’excuse, et qu’elle se dépêche de ranger – ou plutôt cacher – le fruit de son travail.

« Qu’est-ce que je fais ? »

Je lève un sourcil tout en continuant de sourire.

« Des choses et d’autres.
Vous parlez uniquement en terme de travail ? Ah, généralement je bosse dans les moteurs. Parfois je vais faire des relevés dans les transformateurs. Je vous avoue, c’est pas l’emploi le plus... Classe et passionnant au monde. Je suis pas un de ceux qui font des sorties dans l’espace pour réparer la carlingue ou la structure du vaisseau. Mais ça m’occupe. C’est quelque chose où je suis doué et rodé. Et puis j’aide du mieux que je peux, je forme des jeunes, vous savez. Des jeunes de votre âge ! La nouvelle génération, qui a grandit sur le Vidar.
Ah, c’est vrai que dit comme ça ça fait vieux. Je fais pas si vieux hein ? »


Petit clin d’œil en coin. Très rapide.

« Mais non, l’emploi c’est pas tout... Alors je fais des choses et d’autres.
Ça doit être moins passionnant que votre vie, Eve. »
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Eve Wellington
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Mar 26 Déc - 12:12
Eve esquissa un sourire en reprenant une gorgée de vin.

- Je dois vous paraître très jeune si vous croyez que j'ai l'âge d'être formée comme vos apprentis.

Avec un souffle amusé, elle reposa son verre.

- Pour ma part, je suis née sur Terre et j'y ai passé suffisamment de temps pour en garder des souvenirs.

Même s'il vouait se faire passer pour un vieux briscard face à une minette écervelée, le fait était que leur différence d'âge n'était pas si grande. Mais qu'importe au fond, ça rééquilibrait un peu les paramètres. La sonnette de la porte la dispensa de s'étendre plus longuement sur ce qu'elle pensait effectivement d'une dizaine d'années de différence d'âge entre deux personnes. Elle se leva pour réceptionner les paquets, donna son empreinte pour le crédit, puis revint s'agenouiller devant la table basse et entreprit de déballer le déjeuner.

- Ma vie est passionnante, oui, reprit-elle avec un petit rire ironique. J'ai des horaires de travail agréables et assez d'aisance financière pour passer le reste de mon temps avec des amis aussi aisés que moi à dépenser des crédits en vêtements de luxe et en soirées mondaines.

Y verrait-il la vacuité qu'elle-même en ressentait ou serait-il comme tous ces prolos fascinés par l'image brillante d'une vie dans le luxe à enchainer les fêtes et dépenses futiles ? Certains compatissaient même en lui disant que l'argent ne faisait pas le bonheur, elle avait envie de leur rire au nez. Ou de leur casser le nez. La fortune ne garantissait certes pas la plénitude d'une vie mais contribuait largement à offrir le confort auquel elle tenait. Qu'on la prenne pour une imbécile abusant des crédits d'un papa trop riche n'était que la cerise sur le gâteau. Ça faisait partie de l'image qu'elle donnait volontairement d'elle-même pour éviter qu'on s'intéresse de trop près à elle ou à son travail.

- Vous êtes marié, Kerwan ? Vous avez des enfants ? Enchaîna-t-elle en poussant vers lui une assiette bien garnie et des couverts.

Elle avait commandé au hasard dans un excellent restaurant spécialisé dans la gastronomie à la française. De la viande rouge, un accompagnement varié, les nantis savaient vivre sur le Vidar comme sur Terre.
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Kerwan Walsh
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Mar 26 Déc - 14:30
Je souris et j’agite la tête quand elle parle. J’ai un talent exceptionnel pour ça. Sourire et agiter la tête. C’est de la politesse maladive, et puis un peu de servilité, une que je déferre à tout le monde depuis que je suis jeune et que j’ai été éduqué par un curé catholique. C’est très important de montrer de la politesse aux gens ; Même quand ils vous disent des trucs qui vous plaisent pas.

La Terre. La création de Dieu. Le caillou où les humains ont vu le jour. Notre espèce. Elle dit en avoir des souvenirs ; Mais lesquels ? J’essaye de deviner quel âge Eve peut avoir, même si ça ne se fait pas de demander l’âge d’une femme ; Elle est pas vraiment ridée, mais elle n’a pas non plus une bouille de lycéenne. Si elle a vécu sur Terre, quel âge avait-elle quand elle l’a quittée pour entrer dans l’air aseptisé du Vidar ? Et quelle vie vivait-elle sur Terra éternelle ?
La Terre je l’aie quittée quand j’avais plus de vingt piges. J’étais jeune. Mais suffisamment adulte et mature pour comprendre la complexité horrible du monde qui m’entourait. J’avais beau ne pas vivre en ville, dans ces grandes zones d’asphalt et de nuages noirs, où régnait pollution et canicule l’été, où on mourrait de particules fines et quelques fois d’attentats, mais même dans ma campagne crasse et stérile où les pesticides avaient tué toutes les plantes, je me rendais compte d’une évolution décadente de notre espèce. Parce que j’ai été élevé reclus et en sécurité au milieu de livres sur le passé, avec les prédications du futur, et qu’au final je me suis retrouvé dans un monde adulte au milieu d’un « monde vide ». Je regardais peu la télé, je lisais peu les journaux, j’écoutais quand même pas mal la radio. Mais je savais très bien ce qui se passait dans le monde.
Alors, pour en revenir à Eve, c’est un truc que j’ai remarqué sur le Vidar, vu que je parle aux gens. La grande différence entre « l’ancienne » et la « nouvelle » génération. Elle dit qu’elle a des souvenirs de la Terre, mais j’y crois pas ; ça peut pas être les mêmes souvenirs. Parce que ça créée des gens totalement différents. Je le vois avec les personnes de mon entourage : Ira et David, tiens, qui n’ont pas la trentaine, ils ont une espèce de... D’optimisme. Non. Plutôt de détachement, leur réalité et leur horizon intellectuel étant ancrés sur le Vidar et sur sa proue de métal, dirigée vers les étoiles. Mais à côté y a des mecs comme Philippe de Montfort, cinquante ans, revanchard et aigri, qui tous les deux mois se paye un nouveau tatouage pour graver sur sa peau les événements qu’il a vécus sur Terre. Je peux vous dire que les vieux éprouvent bien souvent une espèce de malaise. Je le partage pas vraiment parce que j’avais pas de famille sur Terra, mais je l’éprouve ce vide nostalgique. Et je pense qu’il me définit un peu.

L’être humain aime l’enracinement et l’attachement. Et les habitudes. Je l’ai assez dit. À vous et puis à Eve. Alors le détachement dans l’espace, ça doit être quelque chose d’autre. Ça amène un autre genre de société. Celle où rien n’est réel, mais où on cherche à imiter pathologiquement le réel. Tenez. La viande que la demoiselle me sert, c’est pas de la viande, mais on a ressenti à un moment le besoin puissant de reproduire ce qui se faisait sur Terre. Mais l’effort et la noblesse de l’élevage en moins.
C’est rare de voir des gens qui se vantent d’avoir de l’argent à dépenser, et de le dépenser. Non pas que ce soit rare de voir des gens qui se vantent d’avoir de l’argent, non, confondez pas ce que je dis ; Ce que je trouve bizarre, et qui me fait d’ailleurs un peu froncer des sourcils pendant genre une petite seconde, c’est la finalité qu’Eve choisit d’attribuer à son statut financier ; Le fait d’avoir des amis de son niveau social. C’est bien souvent comme ça que des riches vivent, mais d’habitude ils ne le disent pas, et ils ne l’avouent jamais à eux-mêmes. Là, pour tout vous dire, je sais vraiment pas quoi répondre à ce genre de propos. Du coup je me contente de hausser les épaules :

« Si c’est ça que vous souhaitez, hein. »

C’est pas le moment ou la personne avec qui j’ai envie de faire des débats philosophiques. Parce que je dois encore réparer le tableau électrique. Et puis de toute façon, qu’est-ce que je suis censé répondre à ça ?
‘fin bref, maintenant, elle se met à poser une question sur si je suis marié. Je connais des gens qui seraient un peu choqués qu’on entre directement dans des trucs privés, mais personnellement je m’en fous. Je suis un livre ouvert.

« Non, non je ne suis pas marié...
Je l’ai été. Deux fois. Avec la même personne. »


Et je fais un grand et vrai sourire, en ricanant un peu. D’habitude rien que ce détail interpelle ou fait rire.

« C’est vraiment bizarre la vie et les relations humaines, hein ? Bon maintenant la blague que tout le monde me fait, c’est qu’on est capables de se marier une troisième fois. C'est pas le cas. Mais c'est tout de même pas très sain...
Mais non j’ai pas d’enfants. Je sais pas si je regrette, pour tout vous dire. J’ai toujours rêvé d’en avoir des enfants. Et d’en élever. Mais je sais pas. Je sais pas si c’est une bonne perspective, sur le Vidar. Je trouve pas que c’est un environnement fait pour fonder une famille...
Pourtant y a des gens qui y arrivent. »


Là si elle est curieuse, elle me demandera : Pourquoi que c’est pas un environnement pour fonder une famille ? Mais j’ai déjà en tête les tas de raisons qui sont énoncées par toutes mes connaissances différentes sur le sujet. Parce que c’est la discussion que j’ai très souvent eut avec des gens. Surtout tard le soir. Avec 0,3 gr dans le sang.

« Mais je sais pas... J’ai peut-être des opinions trop ‘’terrestres’’, quelque chose dans ce genre.
Pourquoi cette question ? C’est juste par curiosité ? Ou bien vous vouliez discuter de quelque chose ? »

Je demande parce que généralement, quand les gens me demandent si je suis marié, c’est qu’ils veulent en venir quelque part. Genre le curé qui veut bien s’assurer que je vis pas dans le péché. Genre le patron qui veut savoir si je vais être disponible pour bosser le dimanche soir et les jours fériés. Genre la propriétaire d’immeuble qui veut pas que ses voisins se plaignent des cris des gosses qui passent à travers la cloison. Genre la fille qui veut mon numéro.
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Eve Wellington
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Mar 26 Déc - 15:09
C'est sûr qu'ils n'avaient pas du avoir la même enfance, qu'ils ne gardaient pas les mêmes souvenirs de la Terre, du sol stable sous les pieds d'humains au lieu de l'amas de tôles supposés les emmener Dieu sait où. Ça se voyait rien qu'à sa manière de secouer la tête avec un sourire. Comme un gentil prolo rendu un rien condescendant par son âge et son expérience. Rien de trop perturbant pour elle. Finalement, c'était un peu comme les amis de son père, un peu trop gros, un peu trop riches, un peu trop fats, qui lui tapotaient la joue en l'encourageant dans ses études pour devenir une jeune fille bien comme il faut, puis mataient son cul quand elle leur tournait le dos. Ils sautaient des minettes dans son genre, les vieux pervers, pendant que leurs bonnes femmes emperlousées s'encanaillaient en jouant aux cartes et en buvant du sherry. Mais pas la fille de l'associé quand même, ça non. Ou alors c'est que vraiment elle l'avait cherché, cette petite cochonne. La tentation de faire chier son père en devenant la maîtresse d'un de ses associés avait été grande, mais la conscience de sa propre valeur l'avait retenue assez longtemps pour passer le cap, merci. Elle avait des projets plus intéressants en tête.

Elle voyait bien que la description qu'elle faisait de sa vie laissait Kerwan un peu perplexe, voire indifférent. Elle en fut un peu déçue mais pas vraiment surprise. À quoi donc s'était-elle attendue ? Et puis, il était là pour réparer son tableau électrique, pas pour crocheter des napperons de dentelle en égrenant des souvenirs qu'ils n'avaient pas en commun de toute façon. C'était peut-être pour ça qu'elle avait poussé son avantage en entrant dans sa sphère personnelle. Les jeunes femmes bien élevées comme elle ne posaient pas des questions aussi indiscrètes. Surtout pas à l'ouvrier réparateur du jour. De toute façon, elles ne s'attablaient même pas avec lui. L'inviter à déjeuner était déjà une énorme faute de goût en soi. De celles dont elle se délectait secrètement et qui avaient au moins le mérite de satisfaire sa curiosité du genre humain. Car finalement, on en revenait là : elle voulait savoir. Comprendre. La vie d'un type comme Kerwan lui état aussi hermétique que l'électricité qu'il était venu réparer.

- Deux fois avec la même, répéta-t-elle avec un sourire en coin. Ce n'est pas commun.

Deux mariages, c'étaient aussi deux séparations d'avec cette même femme. De quoi attiser encore plus sa curiosité déjà très déplacée. Et puis la question des enfants était venue aussi et elle l'observa quelques instants, comme paraissant se demander quelle sorte de père il ferait. Sûrement pas mauvais. un peu bourru mais gentil, apprenant aux gamins à se débrouiller avec leurs dix doigts et à faire face au monde. Quant à les élever sur le Vidar, elle partageait largemet son opinion.

- Ce serait quoi, un environnement fait pour fonder une famille, selon vous ?

Quelle sorte de perspectives ou d'idéaux pouvait bien avoir un type comme lui ? Ce qui se passait dans sa tête avait l'air fascinant, au point qu'elle le considérait presque comme un sujet d'étude.

- C'est par curiosité, s'excusa-t-elle avec un sourire plus franc. Mais rien ne vous oblige à me satisfaire.

C'était difficile de lui expliquer qu'il était tellement différent des gens qu'elle fréquentait habituellement et trouvait mortellement creux qu'elle voulait en profiter pour tenter de comprendre de quoi était faite la vie du reste du monde. Il devait voir les choses de manière totalement différente, ce qui ne lassait pas de la fasciner, de l'intriguer, de lui donner envie d'en savoir plus. Mais elle saisissait ce qu'il pouvait y avoir de gênant pour quelqu'un qui se retrouvait sous le feu de ses questions.
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Kerwan Walsh
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Mer 27 Déc - 0:54
« ça me dérange pas de vous satisfaire », je dis la bouche pleine, puis je scelle mes lèvres et avale une gorgée d’ersatz de viande qui me tombe dans le gosier. Là serait d’ailleurs le bon moment pour lancer un ‘’mmmh, c’est très bon’’, mais la politesse est pas si urgente vu que c’est pas un repas qu’elle vient de servir. Pour l’heure, je pince un peu mes lèvres en réfléchissant à ce que je vais dire.
Parce que c’est une question très complexe. Qu’est-ce que ça veut dire, un lieu pour élever une famille ?

J’ai eu cette discussion une dizaine de fois je vous dis. Avec une dizaine de personnes différentes, et qui ont des opinions différentes. Philippe de Montfort, mon collègue couvert de tatouages, dont son plus récent commémore la Tuerie de Paris (Où il était du côté de l'Armée), il me dit que ce qui compte c’est la société qui entoure la famille, et ce qui le dérange certainement, c’est de vivre dans un vaisseau sans « valeurs », peu importe ce que ce mot peut bien signifier à ses yeux. Mais c’est pas forcément un raisonnement faux, tout alambiqué qu’il est et traduisant d’un mal-être personnel, ce pauvre hère de Phil’. À côté de ça, Sam, qui lui n’a que 24 piges, il pense qu’il aura des enfants quand il pourra subvenir à ses besoins ; Mais qu’est-ce qu’il signifie par ça ? Nous vivons sur un vaisseau aux ressources certes abondantes, mais qui sont forcément limitées, et qui vont petit à petit disparaître et se raréfier, et d’un autre côté elles sont accessibles, c’est un paradoxe assez malaisant. Alors, sans faire du Malthus (Oui hein, vous avez vu, un autre type que j’ai lu. Il faut dire que cet enfoiré a justifié le génocide irlandais indirectement), quel avenir matériel promet-on à la génération d’après ? Mais au-delà de tout ça, le passé, le présent, y a aussi le futur. Vers où se dirige le Vidar ? Vers une planète habitable ? Est-elle habitée par des aliens ? Ou des gens comme nous ? Je pense que le problème avec le fait qu’on vive dans une sorte de vie terrestre artificielle, c’est que les gens passent tellement de temps à regarder des vitrines du centre commercial qu’ils sont beaucoup trop attardés pour regarder les yeux et contempler le vide du cosmos. Je crois que c’est ça qui fait que les hommes deviennent pas fous. Ou au contraire intelligents.

Alors du coup, ma pensée, il faut que je la résume à voix haute. C’est trop facile de dire plein de questions, mais moi, où est-ce que je prends position dans ce débat ?

« La terre. »

C’est ça le mot que j’utilise pour répondre à la question. Quel environnement pour fonder une famille ?

« Quand je dis la terre, je parle pas forcément de ‘’La’’ Terre. Je parle... De la terre. Du sol qu’on peut fouler à nos pieds. Je pense que c’est ça ce dont une famille a besoin. De s’ancrer quelque part, d’avoir quelque chose à entretenir, de façon pérenne, et de le léguer. C’est ça le plus important. L’humain est un homme de sensibilité, mais les sens c’est pas fait que pour les satisfaire. On a besoin de l’apprécier et de le faire apprécier aux autres. C’est...
‘fin. Je dis ça, mais je pense que ça doit beaucoup à ma propre expérience vous savez. J’ai pas... Connu mes parents bien longtemps. La vie elle est parfois tragique comme ça. Mais j’ai jamais été seul pour autant. Heureux ? Je pense pas. Jamais comblé. Mais si la vie se résumait à la poursuite du bonheur ou de la plénitude elle serait d’une grande frustration pour... Pour tout le monde en fait. Pour tous les individus doués d’une âme.
Je pense pas que ce soit possible de fonder une famille sur le Vidar. C’est... Je sais pas, c’est un sentiment que j’ai, moi-même. C’est pas du mal-être hein. C’est pas de l’inutilité. C’est pas de la peur ni de l’oppression. C’est juste... Aseptisé. Voilà c’est ça le mot. Mais je trouve que là, tout... Tout autour de nous il est un peu faux, et j’aime pas ça. »


J’ai du mal à avoir des pensées un peu complexes à voix haute. Du coup je ris, et puis je me corrige :

« Non en fait, je suis très hypocrite. Je pourrais fonder une famille si je le voulais vraiment, mais pour ça le prérequis ce serait déjà de pas épouser la même fille deux fois.
Enfin de toute façon je suis trop vieux pour ça maintenant. »


Je lève mes yeux pour regarder ceux d’Eve.

« Vous en pensez quoi ? J’ai raison ? »
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Eve Wellington
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Mer 27 Déc - 10:23
En toutes autres circonstances, ou plutôt avec n'importe lequel de ses interlocuteurs habituels, Eve se serait amusée du double sens des phrases. Mais là, quelque chose la retenait et elle n'avait pas envie de rire. Ou plutôt si mais pas pour la même raison. Pas toute seule. Surtout que Kerwan Walsh ne cessait de la surprendre. Le tête légèrement penchée de côté, concentrée, elle écouta attentivement sa réponse sans rien dire ni sourire. Il était très sérieux, très réfléchi aussi, et puis soudain, le rire fusa comme pour mettre un terme à l'espèce de sort qui la tenait immobile et attentive. Ramenée au présent, elle se redressa et sourit largement.

- Pour ce qui est d'épouser deux fois la même personne, je ne peux pas vous aider. Je n'ai jamais sauté le pas.

Reposant ses couverts, elle reprit plus sérieusement.

- Mais pour le reste, je suis d'accord avec vous, sauf sur votre âge. Je n'arrive pas à penser que notre vie a vraiment lieu ici et maintenant, j'ai toujours l'impression qu'on est comme suspendus dans l'espace et dans le temps en attendant qu'on trouve où poser le Vidar et où commencer réellement à vivre. Ce vaisseau, c'est comme une parenthèse, ce n'est pas un endroit pour élever des enfants.

Et pourtant, il faudrait bien qu'ils en élèvent car il y avait toutes les chances que leur génération ne voit jamais la terre promise. Ceux qui étaient nés sur Terre mouraient sur le Vidar et peut-être que leurs enfants aussi. Ils n'étaient que les gardiens de la génération future, celle qui coloniserait un nouveau monde ou disparaitrait pour toujours avec ce vaisseau. En attendant, on les abrutissait avec un ersatz de vie, du travail, des loisirs sur mesure, un semblant de normalité. Voyait-il lui aussi la vacuité de tout ça ? Assurément, elle ne devait pas être la seule à voir les choses avec ce cynisme désabusé. Mais les pensées dangereuses étaient soigneusement tues et calfeutrées, rien ne devait dépasser.

- Si je devais avoir des enfants, j'aimerais qu'ils connaissent la valeur du sol sous leurs pieds et de l'air qu'ils respirent. Je ne voudrais pas qu'ils grandissent dans ce vase clos, cette bulle artificielle. Vous voyez ?

Finalement, les idéaux du prolo et de la princesse n'étaient pas si éloignés. Comme quoi, la valeur n'attendait pas le nombre de crédits. Il ne suffisait pas de naître chez les nantis pour savoir réfléchir, tout au contraire. Pourtant, tout comme elle, Teddy ne voyait pas l'utilité de cette vie de fourmi laborieuse, il poursuivait assidument sa quête de vanité avec l'espoir que tout cela ne s'achèverait pas trop mal pour eux. Le vin trouva sa gorge à nouveau, mais elle ne regardait plus Kerwan. Le sujet était peut-être un peu trop intime finalement, elle ne savait plus bien si elle voulait en savoir autant. Ou peut-être était-elle seulement troublée de découvrir qu'ils partageaient bien plus qu'un tableau électrique cramé. Les bonnes manières l'obligeaient à se montrer plus ouverte et accueillante, cependant, aussi redessina-t-elle un sourire plus léger sur ses lèvres.

- Vous avez du être très amoureux de cette femme pour l'épouser deux fois. Êtes-vous resté ami avec elle ?
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Kerwan Walsh
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Mer 27 Déc - 20:08
« Ouais, si vous le dites. »

J’aime moyennement les chambres d’écho. Vous savez, qu’on vous répète exactement ce que vous venez de dire. C’est pas métaphysique, c’est juste que ça tue un peu la discussion. D’un autre côté, je suis pas sûr que j’aurais répondu quoi que ce soit si elle avait donné une idée contraire, miss Eve. J’aurais probablement réagi exactement de la même manière : Oui, si vous le dites, avec le sourire en coin et l’inclination de tête.
Qu’est-ce que vous attendez de ma part, en vrai ? Je suis un livre ouvert, mais la vie humaine est également faite de rapports. En l’occurrence, un rapport de domination. En effet, je suis en intervention chez quelqu’un. Quelqu’un qui me paye à bouffer, c’est très gentil de sa part, mais ce don d’hospitalité me fait pas oublier que j’ai une obligation de résultat et de politesse.

« Ouais, j’étais amoureux d’elle. Mais vous savez être amoureux c’est pas suffisant pour former un mariage. Cet amour-là, c’est de la passion, et la passion c’est fort mais ça dure pas, ça vient puis ça s’en va. Pour former un couple durable l’important c’est pas d’être amoureux.
Alors je lui parle encore, oui. Mais bon voilà, ça en reste là. »


Je regarde mon assiette. Je continue de manger, rapidement. Une fois que j’aurai fini le repas, il faudra que je m’en aille chercher des pièces et pouvoir terminer la réparation du panneau. Et aussi le voisin du dessus, j’ai promis. Il faut pas que j’oublie. Je pense à ça, plutôt que de penser à autre chose.

« En tout cas c’est très gentil de votre part de m’offrir le repas. C’est excellent. »
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Eve Wellington
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Mer 27 Déc - 20:57
Considérant son invité en buvant son vin à petites gorgées, Eve comprit soudain. Elle était déçue. Mais franchement, à quoi s'était-elle attendue ? Dans leur association, l'équilibre était biaisé par le fait que l'un était là pour un travail que l'autre le payait pour accomplir. Au fond, ça ne la changeait pas vraiment des crétins trop riches avec qui elle discutait parfois. Les paramètres n'étaient pas les mêmes, bien sûr, mais on aboutissait au même résultat. Elle ne répondit rien à sa franchise quant à son mariage. Il n'y avait rien à dire. Ça ne la regardait pas et il avait raison de la remettre à sa juste place avec ses remerciements convenus.

- Je vous en prie. Vous avez accepté de m'aider, le moins que je puisse faire est de vous nourrir tant que vous êtes coincé chez moi.

Voilà. Un échange bien conventionnel, bien comme il faut. exactement ce à quoi il fallait s'attendre quand la maîtresse de maison offrait le café au gentil ouvrier en priant pour qu'il essuie ses rangers avant de marcher sur la moquette immaculée. Finissant son vin, elle se demanda une fois encore ce qu'elle avait espéré. On ne pouvait pas comprendre les gens aussi simplement, sinon le monde ne serait pas tel qu'il était. Le monde et le Vidar. Une nouvelle idée prit forme dans son esprit et elle se promit de l'examiner plus attentivement quand elle en aurait l'opportunité. En attendant, elle avait toujours un invité.

- Vous voulez un café ?

Pas pour le retarder ou l'ennuyer. Par politesse ? Peut-être. Après tout, c'était bien lui qui l'avait renvoyée à son rôle. Mais pas de mesquinerie. Elle offrait sincèrement son café. Ouvrant une boîte laquée sur la table, elle en sortit une cigarette et poussa le coffret vers lui s'il en voulait. S'il ne reprenait pas le dessus, il ne leur restait qu'à en finir avec ce repas puis à reprendre leurs activités.
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Kerwan Walsh
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Jeu 28 Déc - 18:30
« Pourquoi ? Vous appréciez pas mon café à moi ? » demanda Kerwan en faisant référence à sa thermos. « Allez-y, très volontiers. »

Kerwan leva ses fesses du canapé après avoir terminé le repas. Il se dirigeait vers la cuisine où il avait enfin ramené le courant.

« Mais vous savez, j’ai pas ‘’accepté’’ de vous aider. C’est mon emploi. ‘fin je veux dire, c’est très sympathique de votre part de me payer un repas, mais ça aurait pu être moi ou un autre. »
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Eve Wellington
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Jeu 28 Déc - 22:09
Rougissant légèrement de sa remarque sur le café, Eve éluda la question en débarrassant ce qui restait vers la cuisine. La petite pièce était immaculée. Il était évident pour n'importe qui que l'occupante des lieux ne s'en servait pas pour mitonner des gentils petits plats à une famille bien comme il faut. Café, thé, réchauffage de plats et alcools, c'était à peu près tout ce qu'elle était capable d'envisager dans le réduit. La réflexion de Kerwan lui tira tout de même un demi-sourire.

- C'est vrai, ça aurait pu.

Mais ça n'avait pas été un autre. Et quoi qu'il en dise, il aurait pu se débarrasser du job rapidement et avait accepté de rester plutôt que de lui envoyer n'importe quel sous-fifre avec le matériel requis. Elle mit en route la machine à café et sortit les tasses. Ça au moins c'était dans ses cordes. Appuyée de la hanche au plan de travail, elle le regarda pendant que la café coulait.

- C'était quand même sympa de pas repartir et m'envoyer n'importe qui à votre place pour finir le job.

Elle lui tendit sa tasse et ouvrit une boîte de biscuits pour qu'il se serve.

- C'est quand même pas la première fois qu'on vous invite à déjeuner, si ?
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Kerwan Walsh
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Ven 29 Déc - 16:50
« Ah, arrêtez de dire ‘’n’importe qui’’ ; Mes collègues auraient pu s’occuper de votre problème tout pareil. À moins que ce soit un compliment sur le fait que vous appréciez ma compagnie, alors c’est très sympa. »

Sourire entendu. Je vais pas faire un clin d’œil non plus. Je prends la jolie petite tasse qu’elle me sert en disant un « merci », et approche mes lèvres du liquide qui est si bouillant qu’on voit la fumée voluptueuse arriver jusque vers ma bouche. J’ai juste le temps de poser très lentement mes lèvres à la surface pour me rendre compte que c’est trop chaud, et alors je baisse la tasse en m’appuyant sur le comptoir, attendant que ça se refroidisse.

« Vous voulez dire : Est-ce la première fois qu’une personne chez qui j’interviens m’invite à déjeuner ? Eh bien si, vous êtes la première, même si je suis plus habitué à ce qu’on m’offre le thé ou le café », je note en levant bien la tasse qu’elle m’a donnée. L’alcool aussi, elle m’a proposé. Mais jamais pendant le boulot. Jamais jamais, c’est ma règle, je vous l’aie dis, et c’est aussi un usage professionnel tout court. Vous aimeriez pas que le type qui joue avec des câbles ou les boulons du moteur du vaisseau soit ne serais-ce que pompette ?
Au moins le café ça vous maintient alerte.
« Mais je vous inviterai moi aussi à déjeuner, vous verrez. Il faudra juste que je me fasse plus fréquentable, sans le bleu de travail.
Enfin si vous êtes pas trop chargée. Ça vous a demandé beaucoup d’efforts de vous libérer pour cette journée ? »
que je demande, l’air de rien, en levant ma tasse mais sans boire.
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