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Exaspération au trou N°1 [Libre]

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Date d'inscription : 20/08/2017
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Konrad Saint-Juste
Niv 3 : équipe recherche
Jeu 24 Aoû - 22:38
« Pour combien de temps Monsieur le Baron ? »
« Une heure. »

Ma réponse est froide, aride, sans la moindre once d'émotion. Mon visage, comme figé dans une minéralité séculaire, ne se pare d'aucun atour que mon interlocuteur pourrait interpréter, à tord, pour de la sympathie. Il faut dire que l'homme qui me fait fasse ne saurait en inspirer, même aux plus démunis. Corseté dans ses excès de politesses, il transpire de lui comme des relents amers d'aristocratie britannique guindée que j'aurais préférer voir disparaître avec notre bonne vieille Terre. Je m'efforce de ne pas soupirer, allant jusqu'à retenir ma respiration. Il ne mérite nullement que je lui exprime mon mépris.

Pour autant je reste formel, courtois, alors que l'extrémité agiles de mes doigts gantés s'empare de ma carte de crédit jusqu'alors sagement rangée dans mon portefeuille. Je la lui tends, pour qu'il puisse, usant d'un lecteur sans contact, la scanner. Celui-ci émet aussitôt son bip caractéristique.

« Profitez bien de votre partie de Golf, Monsieur le Baron. »

Sans perdre plus de mon précieux temps, à présent monnayé contre une somme astronomique, je glisse le portefeuille dans la poche intérieure de ma veste jacquard rouge sang, dont le style, ironiquement, n'est point sans rappeler l'époque victorienne. Je me détourne alors du gardien de ces lieux, pour me diriger d'un pas assuré vers les voiturettes de golf, garées sur un carré de pelouse leur étant réservé. D'aspect tout ce qu'il y a de plus classique, elles s'invitent dans mon esprit, me replongeant dans des souvenirs terrestres nostalgiques. Le Royal Johannesburg & Kensington Golf Club. Ses greens, ses bunkers... Certainement l'un des plus prestigieux de toute l'Afrique du Sud, où j'ai passé la majeure partie de ma vie. Ces fragments de mon passé s'agglutinent, mélange pèle-mêle d'images et de sensations devenues floues avec les années, jusqu'à former une gangue oppressante que je m'efforce, brutalement, de briser pour recouvrer le plein usage de ma concentration. Car même si ces voiturettes n'ont strictement rien de complexe, j'en aurais besoin pour les conduire, sans heurt, jusqu'au premier trou.

Le trajet prend moins de deux minutes. Il faut dire que le parcours de golf du Vidar 89-05 est bien loin des standards Terriens de jadis. Disposer de trois trous est déjà un luxe dont je ne saurais même-moi me plaindre. Je stoppe le véhicule, tend le cou, paupières plissées, à la recherche du départ le plus proche, que je repère après quelques instants de flottement. A cette heure matinale, les joueurs ne sont pas légion, j'aurais pu me croire seul si je n'avais remarqué l'absence de deux autres voiturettes à l'entrée.

En comptant celle d'aujourd'hui, je ne totalise que trois visites... Alors que jadis je fréquentais les parcours plusieurs fois par semaine. A l'époque, je disposais de bien plus de temps libres qu'aujourd'hui où j'ai la sensation de crouler sous des responsabilités dont la survie de notre espèce dépend. De plus, dans la précipitation des préparatifs, je n'ai pu emporter mes propre clubs... Et jouer avec ces reproductions bon marché en Wellnum m'exaspère au plus haut point. Si leur ergonomie peut sembler impeccable, leur poids, quant à lui bien trop léger, est réellement déstabilisant. Une question d'habitude m'a t-on déjà dit, mais j'ai depuis longtemps perdu la patience requise pour ce long et fastidieux apprentissage.

Ainsi, je me positionne, mains fermement serrées sur le grip de mon driver. Je joue généralement sans tee... J'aime lorsqu'en frappant de toutes mes forces, je ne laisse en lieu et place de la balle, qu'une motte de terre arrachée, retournée. Une forme de défiance dont je n'ai su me défaire. Enfin, genoux légèrement déverrouillés, je me préparer à swinger... Ultime inspiration, je bande tous les muscles de mon corps... Et d'un geste vif et précis, je frappe avec puissance.

La balle, catapultée à une vitesse difficilement quantifiable, décrit un arc de cercle aérien avant de disparaître, derrière l'une des haies délimitant cette partie payante des jardins. Je me fige, sentant la frustration me rosir les joues... Mais en homme du grand monde bien éduqué, je m'efforce de ne rien laisser paraître. Seules mes mâchoires crispées pourraient me trahir. Je secoue la tête, autant frustré qu'agacé... Je ne m'habituerai jamais à ces clubs ! Mais où a-t-elle bien pu atterrir ?!
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